Sur le don à partir d’une tête de chèvre en bienvenue !

juin 30, 2007

Oh Blick, tu es arrivé !
Pour cette grande occasion,
je t’invite manger une tête de chèvre.

Akila,
accumule tous les interdits:
femme divorcée,
élevant ses 2 enfants,
travaillant dans un bar,
qui vend de l’alcool !
divorcée – bar – alcool
et
pire
sans la bénédiction de sa famille.

De tout cela,
ici,
elle ne peut rien en dire.

Mais ici
ils voient bien qu’elle est indépendante,
qu’elle a le pouvoir de l’argent qui lui permet de faire ce qu’elle veut,
même si les hommes parlent à ses subordonnées
et rarement à elle directement.

Elle commence ici une nouvelle vie.

Travaillant en France,
débutant une activité au maroc,
elle connait bien les travers de son pays d’origine,
et aussi de simples beautés,
invisibles aux regards du simple étranger passant.

C’est pourquoi,
je me retrouve assis devant une tête de chèvre,
ou plutôt la moitié d’une tête
qui gît étalée dans l’assiette.

Cela fait 200 années qu’une famille de berbère élève des chèvres dans la montagne
et vend ce met raffiné
qu’elle cuisine
ici
dans cet établissement.

Pour appater le délicat client,
des têtes de chèvre,
yeux exhorbités et langues pendantes,
sont installées en devanture.

Akila,
toute heureuse,
de ses doigts,
désosse,
retire la langue chaude,
d’autres filets de chair
et
effectivement
c’est très bon.

Le serveur ramène tout découpé le melon qu’elle avait demandé qu’on lui coupe.

Une dame se retourne.
Vision de la reine de Saba.
Un foulard brodé, perlé, des bagues d’or, les doigts dans la tête de chèvre.
- Sois bonne avec moi comme tu serais bonne avec ta propre soeur,
donne moi du dessert.

Et elle prend du melon.
Se retourne.
Ne dis pas merci.

Un mendiant passe.
Akila lui tend l’assiette de melon.
Il prend plusieurs morceaux.
Ceux-là, il les place au fond de son sac en plastique.
C’est pour ses enfants,
parce que c’est de la douce nourriture.
Lui, il a mangé un peu de ci de ça qu’on lui donne.
Un regard
mais pas de grand merci.

C’est ainsi.

Un don est un don.
Un don ne demande pas l’attache du retour.
Le don est avant tout pure générosité.
Ce n’est pas parce qu’on reçoit que l’on est redevable à celui qui donne.
Ce geste ici a un nom:
la baraka.

La tête de chèvre n’est plus.
Engloutie.
Avec comme une envie de venir en redéguster,
de s’y mettre les doigts entre les os de la machoire pour en retirer la langue chaude
si bonne.
Et puis venir avec des figues,
et en offrir
pour que la joie issue de manger cette tête de chèvre se répande aussi dans les têtes alentours.


Que dit un pauvre qui ne peut pas payer ?

juin 21, 2007

Je ne déteste pas payer

mais

je n’ai pas !


Quelle malédiction portes tu ?

juin 21, 2007

Le taxi s’arrête brutalement.
Brève, suspension de poussière.
La porte claque d’insulte.
Les propos durent,
même lorsque l’engin est parti bien plus loin qu’elle,
de la dame forte enfoulardée hurlante à l’encontre du chauffeur,
et tout le monde alentour lui demande ce qui se passe.

- Mais c’est la malédiction de ta mère qui te retombes dessus !
Tu ne m’écoutes pas !
C’est parce que tu n’as jamais écouté ta propre mère
que tu agis ainsi !
C’est pour ça que sa malédiction est tombée sur toi !
Tu ne m’écoutes pas.
Tu vas n’importe où !
Je ne veux pas aller là où tu me mènes.
C’est à l’opposé de mes pas.
Pourquoi tu continues d’avancer ainsi ?
Et tu ne réponds pas ?
Tu ne me parles même pas.
Je te demande de te comporter avec ma moi comme tu te comporterais avec ta propre mère et je vois que malgré ce que je dis et malgré tout ce qu’elle t’a dit, tout ce que tu fais n’a pas de sens !
Quel est le créateur qui t’a engendré pour te placer ainsi sur mon chemin et m’égarer de ma propre route ?

- Ecoute en ce moment, ça va mal dans ma tête.
Si tu crains Dieu,
SORS !


Attention aux arrêtes du bus

juin 20, 2007

- Mais remontez votre siège Monsieur
- Mais, je ne le peux Madame, la manette est coincée
- Mais vous m’écrasez les genoux de votre poid Monsieur
- Mais, je ne le peux Madame, la manette est coincée
- Mais asseyez-vous sur le siège d’à coté Monsieur
- Mais ceci je le peux Madame

Aïe

L’accoudoir n’a plus de mousse.
Les arrêtes métalliques tranchent.
De même les montants du défunt cendrier tentent de pénétrer dans les genoux.
Et même les rebords de la fenêtre qui ont perdu leurs caoutchoucs,
ils tranchent.

Mais quel est ce véhicule de transport en commun?
Un grand bus blanc.
Les petits yeux des nouveaux phares sont bien là.
Mais, en y regardant bien, tout le devant a été rafistolé à la main et repeint vite fait.
Tous les détails montrent que ce bus s’est rescapé d’une tornade.
C’est donc elle, la cruelle, qui arracha tous les rebords confortables?

Pourtant, malgré les déhanchements exagérés sans suspension de ce bus à travers les routes,
depuis 15h de l’après-midi jusqu’à 2h de l’après-demain,
voire plus s’il arrive à joindre Agadir,
une princesse des temps anciens,
au splendide profil,
prit place.

Cette sage beauté
sise non loin
calma soudain les plaintes
envers l’aiguë des métals tranchant.

Le regard erra sur ce paysage
où des ombres gardaient des vaches ou des chèvres
aux abords des routes.

Il gardent,
sans climatisation
près du bitume chaud
et malgré la rudesse de la rocaille,
des bêtes.

Le soleil insensé darde.

Derrière le rideau,
l’accoudoir tranche.


Une poubelle? Qu’est-ce?

juin 20, 2007

Toutes les places,
tout l’espace,
tous les recoins,
tout ce que tu vois autour de toi,
tout cela n’est que poubelle.

Pourquoi tu veux nettoyer?
Laisse.
Y’en a dont c’est le travail.

Mais, oui, tu peux jeter ton truc où tu veux…
Tu n’oses pas?
Encore un complexe de l’homme blanc.

Mais puisque je te dis que tout ce que tu vois,
tout ce qui t’entoure,
tout cela n’est que poubelle !


Le lion dirige

juin 19, 2007

A lui tout seul,
assis sur le tas de coussin,
solide malgré l’âge,
épais et insensible aux gazouillis tourbillonnant de son petit fils,
on sent l’autorité.

La vrai.
Celle qui n’a pas besoin d’être dite.
Celle qui s’impose d’elle même.

Il est le père d’Aïcha.
Aïcha c’est la femme de l’inconnu avec qui nous avons picolé tout l’après-midi au fond du jardin.
2 bouteilles de mauvais vin de table.
1 verre qui passe de bouche en bouche.
Petite rasade par petite rasade.
L’après-midi toucha sa fin
et l’on se leva tout vacillant dans l’obscurité.

Lui, il tenait à présenter son engeance.

Dans la cour d’un immeuble,
derrière une porte qui sépare de la rue sabloneuse,
des enfants dans la cour,
des femmes assises par terre dans une pièce,
des vies ci et là.

Plusieurs familles ont loué des pièces.
Ils se les ont départagé.
Ils vivent ainsi dans un espace plus grand.

Il y a la femme de l’inconnu,
plate et les traits tristes,
la marche qui traine avachie sous le poid de sa fatigue naturelle,
qui apporte le thé et les gateaux.

Il y a leurs enfants,
le bébé
et
celui qui cherche à mordre sa soeur,
le garçon,
petit ressort qui vagabond en tout sens.

Au fond de la pièce,
il y a Lui.
Sorte de lion de l’autorité,
le père d’Aïcha,
qui hurle
Aïcha !
dès qu’il n’y a plus de thé, de gateaux
ou dès que la garçon devient impertinent.

Alors Aïcha traine sa lasse platitude jusqu’à la pièce des hommes,
embarque le garçonnet
et va le frapper entre femmes.

Ici, c’est l’ainé qui a l’autorité.
C’est lui le responsable des lieux.
C’est lui qui dirige.

Dans un autre lieu,
deux garçons des montagnes travaillent comme maçon.
Ils dorment sur la terrasse.
En bas, tout n’est que gravas.
Le garçon le plus âgé ordonne au plus jeune de faire ci et ça,
la vaisselle, débarasser cela, chercher autre chose…
Et ce benjamin, obtempère.
Et l’aîné répond de lui.

Et Aïcha traversa plusieurs foi la cour
à l’appel du lion
Aïcha!
pour prendre l’enfant terrible,
aller le taper,
s’occuper de la tablée,
rapporter du thé,
répondre à une question
et on ajoute
et on ajoute

et le lion restait toujours dans sa même et sage position de trône du fond de la pièce.

- Vous parlez français?
- Oui, Oui

Aïcha !

- Au revoir, et merci.
- Merci, ça va ?


La femme aux jolies filles

juin 19, 2007

Une femme en grande djellabah s’arrête pour discuter.
Elle tient par la main une petite fille.

Elle discute avec Hassan.

Surement une discussion prude.

En réalité,
la fille qu’elle tenait par la main….
c’est la fille de sa fille.
Sa fille à elle,
elle est en prison.

En réalité,
elle disait à Hassan :
- Viens à la maison, j’ai des jolies filles en ce moment !

Et lorsqu’Hassan maugréait d’un air timide,
en réalité,
c’était pour regretter ce temps où l’on pouvait discuter philosophie avec une prostituée la nuit entière.
Les nouvelles, elles travaillent.

La dame en grande djellabah tenant sa petite fille par la main poursuivit :
- Viens à la maison, j’ai une jolie fille intelligente.
Tu pourras t’amuser à comprendre sa psychologie si tu veux.

En réalité,
les bordels, même secrets, seraient-ils des lieux de réflexion où s’élabore la philosophie du cosmos par la simple contemplation des modèles de la Genèse du Monde ?


Une femme parmi les hommes

juin 19, 2007

Il y a aussi des femmes fortes ici.
Il y en a une qui ne craint rien.
Parfois elle s’assied sur le fauteuil en poussant les gars tout en braillant :
- Oh mais ce soir je suis comme un homme :
c’est juste que j’ai laissé mes organes à la maison !


Attention où tu pisses !

juin 19, 2007

Ici tu peux pisser où tu veux.
Mais il faut quand même faire attention là où on pisse.
Là, par exemple, tu viens de pisser sur la maison du colonel de la sécurité royale !


Matecha ! Matera !

juin 19, 2007

Avant propos :
Cha ! signifie « Arrête ! »
Ra ! au contraire c’est « Avance !»
Matecha veut dire « tomate »

Blague :
Un vendeur de tomate juché sur son âne traversait le souk de son bled.
Sur les flancs, deux grands sacs de tomate qu’il vend à la criée :
-MATECHA !
Au mot « Cha ! » l’âne s’arrête.
Le vendeur, habitué, continue sa harangue axée sur la tomate en changeant juste une syllabe :
- MATERA !
Et de « cha » en « ra », les matecha se vendirent.