noir de fumée
yeux embués
braises de bûches qui volent au-dessus des cendres
jamais je n’oublierais ces cris
ils résonnent encore
et ils sont pas prêts de s’arrêter.
J’arrive à les calmer.
Pas à les arrêter.
A les calmer.
Je les calme en faisant grandir dans l’air du quotidien
d’autres cris, d’autres plaintes, d’autres gémissements.
Plus c’est fort, plus les nouveaux masquent les anciens.
Pour un temps.
C’est ainsi que je vis.
C’est ainsi que je vis dans votre monde.
Ca vous choque?
C’est parce que je suis né pour emplir de peur votre ordre,
être l’ombre que vous redoutez,
être l’être qui vous effraye,
incarner la chose encore sauvage que la civilisation n’arrive pas à dompter.
Pourtant je suis né comme tout un chacun:
avec des bras, des jambes, et une enfance avec ses jeux d’enfants.
Maintenant, quand je me regarde dans le miroir,
que je vois toutes ces dents cassées, ces traces de coup, ce regard tout torvé,
et bien je ne sais plus ce qui m’a rendu ainsi.
Est ce aussi parce que vous m’avez relégué à l’ombre
ou bien est ce que je suis tout bonnement enclin à faire toutes ces choses que vous réprouvez et qui tombent sous le coup de la loi qui condamne et cloture en prison.
Nous, vos prisons, on les appelle la ratière.
Vous devriez savoir que c’est là que se parque toutes les terreurs de vos peurs,
toutes à l’ombre, enfermées tels des secrets honteux qu’on veut pas voir.
Mais dans ces boites,
sachez que vos craintes y affûtent leurs armes
et qu’en vérité, les rats qui y vivent,
ces rats, ils en sortent bien plus mauvais qu’ils ne l’étaient à leur entrée.
Et maintenant,
maintenant que j’en suis sorti de votre piège à rats,
que je navigue à l’aise dans vos rues
ne me dites pas que je vous effraye.
J’ai passé la moitié de ma vie dans vos cellules.
Je m’y suis ré-éduqué dans vos cellules.
Toutes mes cellules vivantes y ont été contaminées.
Regardez-moi, elle est pas belle votre ré-éducation?
J’en suis pas mort.
La preuve, maintenant je vis parmi vous,
au-milieu de vous.
Et pourtant, en me voyant, je vois bien que vous marchez plus vite, vous changez de trottoir, vous baissez la tête.
Mais allez-y,
marchez plus vite,
je vous en prie
et d’ailleurs vous avez intérêt
parce que ce que vous lisez sur ma gueule cassée
et bien c’est la vérité.
Quoi? Ce type de lecture vous dérange?
Les fissures de ma face vous choquent?
Oui elles ne sont pas polies.
C’est parce que j’ai pas eu le temps de les raccomoder.
Là où vous m’avez mis,
j’étais trop occupé à être mal poli.
Maintenant, avec ce masque de fissure,
je me balance.
Je me balance
entre le jour et la nuit,
entre rester ici et partir là-bas
vous savez le monde du mal, du pas bien, du pas poli.
Maintenant,
je sais plus,
je me sens autant enfermé dehors que dedans.
Je me sens comme tout fissuré.
Mais maintenant, au moins vous savez pourquoi vous me craignez…
c’est parce que je crains !