Et ainsi notre crasse brillera dans le noir silence des années lumières.

avril 23, 2008

Voit-on encore à ce moment là
qu’elle continue à partir là-haut,
la pensée heureuse,
aspirée en sens inverse gravitationnel,
fibre signe d’un instant de vie,
qui traversa si vite
en rasant ce long mur vertical
en souffle qui tombe expiré.

Et alors?

Et alors les astres continueront à rouler.
Et la poussière de nos affres s’y mêlera.
Et ainsi notre crasse brillera dans le noir silence des années lumières.

Assoupi sous nos nuages,
faisons semblant de nous en insoucier
allant de point en lieu
ralant sur la somme des modiques.
Carcan ahanant le long de ces points de traverses…

Que dire du rire qui nous secoue.
Des étreintes qui s’échappent de la mémoire.
Des oublis des temps morts.
Des attentes interminables.
Des halls de foule désertés.
Dire qu’on y a vécu là nos oublis futurs des présents trop lourd.

Dire que le lendemain sera toujours aussi crasseux que ce temps lent et morne du présent.
Et demain,
son matin sera rafraichit des pépiements des oiseaux derrière la vitre.

Si jamais il en reste,
des oiseaux.

Mais on sait,
létal,
tu sais,
en l’état,
que s’il n’en reste plus,
ils en vendront des automates jolis
qui viendront se poser métal sur nos rebords.


Noir de Fumée

décembre 17, 2007

noir de fumée
yeux embués
braises de bûches qui volent au-dessus des cendres

jamais je n’oublierais ces cris
ils résonnent encore
et ils sont pas prêts de s’arrêter.

J’arrive à les calmer.
Pas à les arrêter.
A les calmer.

Je les calme en faisant grandir dans l’air du quotidien
d’autres cris, d’autres plaintes, d’autres gémissements.
Plus c’est fort, plus les nouveaux masquent les anciens.
Pour un temps.

C’est ainsi que je vis.
C’est ainsi que je vis dans votre monde.
Ca vous choque?

C’est parce que je suis né pour emplir de peur votre ordre,
être l’ombre que vous redoutez,
être l’être qui vous effraye,
incarner la chose encore sauvage que la civilisation n’arrive pas à dompter.

Pourtant je suis né comme tout un chacun:
avec des bras, des jambes, et une enfance avec ses jeux d’enfants.
Maintenant, quand je me regarde dans le miroir,
que je vois toutes ces dents cassées, ces traces de coup, ce regard tout torvé,
et bien je ne sais plus ce qui m’a rendu ainsi.
Est ce aussi parce que vous m’avez relégué à l’ombre
ou bien est ce que je suis tout bonnement enclin à faire toutes ces choses que vous réprouvez et qui tombent sous le coup de la loi qui condamne et cloture en prison.

Nous, vos prisons, on les appelle la ratière.
Vous devriez savoir que c’est là que se parque toutes les terreurs de vos peurs,
toutes à l’ombre, enfermées tels des secrets honteux qu’on veut pas voir.
Mais dans ces boites,
sachez que vos craintes y affûtent leurs armes
et qu’en vérité, les rats qui y vivent,
ces rats, ils en sortent bien plus mauvais qu’ils ne l’étaient à leur entrée.

Et maintenant,
maintenant que j’en suis sorti de votre piège à rats,
que je navigue à l’aise dans vos rues
ne me dites pas que je vous effraye.
J’ai passé la moitié de ma vie dans vos cellules.
Je m’y suis ré-éduqué dans vos cellules.
Toutes mes cellules vivantes y ont été contaminées.
Regardez-moi, elle est pas belle votre ré-éducation?
J’en suis pas mort.
La preuve, maintenant je vis parmi vous,
au-milieu de vous.
Et pourtant, en me voyant, je vois bien que vous marchez plus vite, vous changez de trottoir, vous baissez la tête.
Mais allez-y,
marchez plus vite,
je vous en prie
et d’ailleurs vous avez intérêt
parce que ce que vous lisez sur ma gueule cassée
et bien c’est la vérité.
Quoi? Ce type de lecture vous dérange?
Les fissures de ma face vous choquent?
Oui elles ne sont pas polies.
C’est parce que j’ai pas eu le temps de les raccomoder.
Là où vous m’avez mis,
j’étais trop occupé à être mal poli.

Maintenant, avec ce masque de fissure,
je me balance.
Je me balance
entre le jour et la nuit,
entre rester ici et partir là-bas
vous savez le monde du mal, du pas bien, du pas poli.
Maintenant,
je sais plus,
je me sens autant enfermé dehors que dedans.
Je me sens comme tout fissuré.

Mais maintenant, au moins vous savez pourquoi vous me craignez…
c’est parce que je crains !


Braillard brigand solitaire s’ombre

avril 2, 2007

Fonction de l’illusion
Friction de la fiction
Feuilleton de nos frictions
Effeuillage de nos illusions
Fiction de nos illusions.

Doucement dans la nuit encore, les pas avancent une masse indécise. Ombre parmi les contours flous, rescapés de batailles à ne pas raconter, affrontements encore obscur, pénétrations des poings dans les poches au lieu des faces à ravager. Des pas avançant. Des pas qui supplient les cicatrices de se calmer. La palpitation cardiaque se fait durement sentir à chaque aller trop rapide. Flux des à coups sanguin qui d’habitude le garde en rage mais là l’oblige à ralentir son moteur de moulinets de bras de fer. Finalité de la tragédie automatique. Murmure grave des gens sans dents qui geignent au sol. Surélevé, l’accès s’ouvre. Repliés, les mis à bas se protègent. Les vainqueurs du haut s’emparent des butins. Car butiner est leurs fonctions jusqu’à ce qu’ils rencontrent d’autres butineurs, d’autres aussi emplis de sang sans aucune compassion pour les gueules à déformer. Qu’ils les reforment, même le poing encore plein de douleur, ils acquiescent la joie d’être dans le rang des vainqueurs. Rejoindre le kiff. La tête dans le film qu’ils veulent pénétrer de force. Tant pis des outrages. Rage à cracher sur toute face qui comprend pas. Affront des bétons. Blocs des épaules. Etre sur des coups à donner et à recevoir se disent les pas tatonnant dans l’ombre des fourrés l’accès au replis du repos, l’interstice d’un espace neutre, sans enjeux des forcenés, un temps où se cicatriser. Machine à dévastation butinant les proies qui là tente de respirer plus doucement. La cote fêlée lui lance tout le coté, parfois remonte jusqu’au bout du crâne par flash successifs. Qu’a-t-il à faire sinon à attendre le prochain enjeux… Autant s’imbiber d’alcool fort qui le fera couler plus sûrement dans la demi conscience hors du présent qui le lasse. Attendre le prochain jeux. Atteindre l’accélération rapide et d’ici là vivre muet sur ce moteur qui bout en tout temps dans sa cage thoracique. Calme toi. Patiente. Ramolli toi le temps qu’il faut. Trop dur, les muscles et la vigilance s’atrophient. Respire le whisky à l’ombre nocturne des sapins. Gouttes. Cascades de gouttes. La pluie lave le sang des baveux qui rampent et lui observe déjà ses prochaines proies.

Le guerrier solitaire entre en contact avec de fades créatures, celles du dehors, celles emprisonnées dans leurs pauvres misères, celles loin des vraies problèmes, celles qui tournent en rond dans les petits pas qui les mènent à détester leurs petites vies ronronnantes. Les aspirer, ces fades créatures, c’est facile. Puis les recracher quelques temps plus tard, qu’elles retournent dans le sein en manque de leurs fades fadeurs. Distraction sans lendemain, juste celles de quelques temps de délassement. Prendre et les relancer, comme si tous les échanges des doux moments n’avaient jamais existé. Après tout, ce ne sont que des débris juste bon à composer la fade grisaille du quotidien. Des bons à rien inaptes à la survie de la jungle. Qu’ils aillent tous se décomposer ailleurs, au mieux qu’ils se prennent des coups pour ressentir la douleur de vivre. Que la douce fadeur de leur pauvre vie soit entaché d’une telle belle blessure d’os fendus, sang et peur, que pour s’en détacher seule police, état, famille les accompagnera dans la rémission des blessures qui jamais se cicatriseront.
Qu’ils crèvent tous… masse inerte.
Qu’eux aussi vivent à vie la plaie éternellement béante.

Le bout de bois rescapé du naufrage flottait sur l’eau. Le soleil reluisait quelques diamants humides sur ses aspérités. Clapotis sur les rebords. Balancement du rondin entre les vagues irrégulières. Pourtant, quelques temps auparavant, déchirement du ciel noir et tempête détruisirent le fier vaisseau. Le bout de bois sans attache se laissait voguer. Depuis, il se balançait de vague en crête de vague. Détaché du vaisseau et sans attache, il se laissait porter… une vie sans contrainte, juste celle de se laisser flotter de port en port. N’est ce pas beau ?

Hérissé de plaies, il avance encore. Endoloris de coups et sans volonté de les calmer, il continue. Annulation, désolation, désintégration. Coup pour coup, prêt à riposter, il garde sa méfiance toujours en éveil. Le long rouleau de bitume s’allonge. Rien n’affaiblit sa rage. Hurlement au soleil. Œil brulé. Pas de protection ni de rémission ni de compassion. Le bloc sanglant est intact, jusqu’à la dernière palpitation.
Auparavant, bien longtemps en arrière, enfantillage de l’affront ; désormais cruelle crudité de l’affrontement perpétuel, sans fin ni devenir. Longue route en boucle d’une complainte d’un certain monde où le poli s’aiguise, où la bienséance se resserre aux creux des poings, où la compréhension sert à mieux frapper.

Les masses suivent les maîtres des langues flatteuses et s’aveuglent des flaques de bienséances.

A la lumière du jour, vitrine brille, les filles empilent les papiers à compter, la queue devant les guichets, les automates vrombissent. Les pilleurs dorment. Frénésie des braillards enfumés sous alcool aux sourires adipeux s’est estompé dans la balance régulière du ronflement péteux… jusqu’au prochain éveil.